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Né en 1959, Stéphane Breton est ethnologue et réalisateur de films documentaires. Spécialiste des sociétés de Nouvelle-Guinée, il est maître de conférence à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, où il enseigne l'anthropologie et le cinéma documentaire. Il a vécu plusieurs années chez les Wodani des hautes-terres de Nouvelle-Guinée, où il a réalisé Eux et moi (Les Films d'Ici et ARTE, 2001). Son deuxième film ches les Wodani, Le ciel dans un jardin (les Films d'Ici et ARTE, 2003), raconte le dernier voyage, nostalgique et contemplatif, de quelqu'un qui ne reviendra pas. Il a écrit des articles d'ethnologie dans des revues savantes. Il a publié quelques livres : La mascarade des sexes, Calmann-Lévy, 1989 (essai d'anthropologie) ; Les fleuves immobiles, Calman-Lévy (récit de voyage en Nouvelle-Guinée). Des hommes nommés brume (avec Jean-Louis Motte), Arthaud-Flammarion, 1991 (album de photos et récit de voyage en Nouvelle-Guinée).
Extrait de "Lettre aux Américains" de Stéphane BRETON
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Le monde qui nous entoure ne s’offre pas simplement à la vue, il est mutilé par notre attention. Il y a dans le coup d’œil quelque chose comme un coup de couteau. Regarder, c’est d’abord refuser de voir ce qu’on laissera de côté.
L’idée du cinéma documentaire que je défends dans mes films (Eux et moi, 2001 ; Le ciel dans un jardin, 2003 ; Un été silencieux, 2005 ; Le monde extérieur, 2007), c’est qu’il faut au contraire accorder une importance démesurée à ce qui est le plus familier, qui se déroule entre le moment où l’on tourne la clé dans la serrure et celui où l’on prend l’ascenseur. À quoi serait utile le cinéma documentaire s’il servait à préserver l’illusion que les choses sont comme elles sont? Les choses ne sont pas comme elles sont, mais comme nous ne voulons pas les voir.
Nous regardons peu l’insignifiant, mais quand nous nous laissons aller à porter sur lui notre regard, nous sommes étonnés de constater qu’il était là, nous attendant, et qu’il cherchait la lumière. C’est ainsi que sur le « terrain » je me suis mis à filmer le regard de ceux qui me regardaient, leurs interrogations, leur amusement.
Tournés en Nouvelle-Guinée, au Kirghizstan ou à Paris, mes films sont à la recherche du lyrisme de l’ordinaire. Films de voyage intérieur, ils veulent renoncer à l’exotisme facile des images standardisées. Plus les choses sont éloignées, plus il faut s’approcher, et si elles sont trop proches, c’est de loin qu’il faut les voir.
Mon métier d’ethnologue (je suis maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales et spécialiste de la Mélanésie) consiste à observer avec ponctualité ce qu’on a sous les yeux. On fait feu de tout bois. Chaque détail mérite de l’attention. …
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